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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 12:15
Danser les ombres de Laurent Gaudé

Magicien, assurément Laurent Gaudé l'est , lui qui nous transporte d'un continent à l'autre à des siècles d'écart avec toujours autant de bonheur pour le lecteur.

Sorcier Vaudou, non, même s'il nous entraine cette fois ci à Haïti, cette île aux multiples visages, pétrie de croyances et d'esprits , secouée par des dictatures achevées dans des bains de sang et frappée récemment par un terrible tremblement de terre .

Dans la première partie du roman, nous faisons la connaissance de Lucine, une jeune femme qui, lors de la mort de sa jeune soeur quitte le village familial pour Port au Prince .

Elle est hébergée dans une ancienne maison close où se réunissent quelques amis pour partager un verre de vin et de nombreuses discussions animées dans une ambiance chaleureuse et fraternelle. Chacun y vient pour raconter son histoire, son combat, oublier ses blessures et recevoir et donner de cette chaleur humaine que les haïtiens savent si bien distribuer.

Il y a aussi, planqués derrière un coin de rue, ceux qui ont été les tortionnaires des régimes précédents, qui trainent leur honte et essaient de se faire oublier.

Tout bascule en 35 secondes et transforme ce fragile équilibre en chaos , immeubles effondrés, habitants ensevelis et proches disparus.

Cris, fuites et répliques , on est plongé dans l'horreur et l'hébétude mais rapidement la solidarité affronte le désespoir et les mains soulèvent les pierres pour tenter de sortir quelques rescapés miraculés ...

La terre est ouverte, libérant les esprits et les morts et il faudra la farandole macabre de Dame Petite pour abandonner les morts en cours de chemin .

Qui est vivant, qui est mort ? Laurent Gaudé laisse à chaque lecteur sa propre interprétation et lorsque l'on referme ce livre on reste secoué par la force du texte , la beauté de ces gens qui jamais n'abandonnent et à qui l'écrivain rend un bien bel hommage.

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 12:47
Temps glaciaires de Fred Vargas

Quand on s'embarque dans une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg, c'est comme prendre un billet d'avion pour une destination inconnue et des escales improbables ...

Voyage souvent déroutant au coeur d'une intrigue dont on perd régulièrement les ficelles mais c'est cela aussi que l'on recherche et qu'on aime chez Vargas, l'absence de ligne droite , les rebonds géographiques et historiques et ce roman en est fourni.

Pour ceux qui affectionnent les policiers carrés , passez votre chemin , Adamsberg vous fera herrisser les poils, non de frayeur mais d'incompréhension.

Personnage torturé avec sa motte d'algues enchevêtrée , il n'épargne pas ses plus proches collaborateurs et il y a de l'eau dans le gaz avec l'érudit Danglard.

Une histoire de Vargas ne se résume pas et ne se déflore pas pour en apprécier tous les méandres et les surprises

Je ne suis pas une inconditionnelle car je n'avais pas franchement aimé les deux précédents romans, celui-ci a comblé mon esprit bohème.

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 14:51
Promenons nous dans les bois de Bill Bryson

"Promenons nous dans les bois pendant que le loup , l'ours, le puma, le lynx, le serpent et le pervers n'y sont pas..."

Voilà le récit peu ordinaire de la randonnée de Bill Bryson et de son vieux copain de classe Katz sur l'Appalachian Trail de 3500 kms !

Les préparatifs de ce périple sont franchement hilarants avec l'achat du matériel spécialisé , la consultation de nombreux ouvrages relatant cette course et les dangers potentiellement rencontrés, dont les ours pour lequel Bill Bryson fait une véritable fixation, la préparation du sac et les retrouvailles entre les deux anciens copains de classe...

Nous sommes loin du sportif voulant effectuer une "perf" et encore Bill ne se doute pas de ce qu'est devenu son copain d'enfance de nombreuses années plus tard.

Mais vaillants, déterminés, ils partent sac à dos dans des conditions météo épouvantables, s'arrêtent dans des refuges minables et se nourrissent de nouilles, seule nourriture qu'ils n'ont pas jeté dès les premiers kilomètres .

Plus qu'un carnet de route , c'est aussi un ouvrage avec des considérations scientifiques, géographiques ou biologiques et des faits historiques bien documentés que nous conte l'écrivain, avec aussi la narration souvent drôle , car c'est un homme plein d'humour et avec un grand sens de l'autodérision , de ces rencontres avec les randonneurs et autres personnes croisés, un panel intéressant de l'américain moyen et de l'humain en général...

La fin s'essouffle un peu comme nos deux hommes sur l'AT mais cela m'a donné envie de découvrir le récit de Henri David Thoreau: Walden ou la vie des bois , dont Bill Bryson fait référence ainsi que Wild de Cheryl Strayed relatant son périple sur le Pacific Crest Trail.

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 18:41
A la mesure de nos silences de Sophie Loubière

Il suffit parfois d'être attiré par un titre et faire une bonne pioche !

Un road movie qui entraine François, octogénaire et Antoine, son petit fils , un ado accroc aux SMS, Facebook et jeux virtuels (vous voyez ce que je veux dire, vous en avez un à la maison ?) sur les routes vers Villefranche de Rouergue au volant d'une sublime Volvo des années soixante !

Scénario un peu classique et convenu qui m'a, au départ, je dois l'avouer, fait craindre de m'être fourvoyé entre un senior sentencieux et un gamin bougon .

Or, si François conduit Antoine dans la ville où il a vécu enfant pendant l'occupation, pour lui raconter un épisode dramatique qui va marquer sa vie, celui qui a le plus besoin de l'autre n'est pas celui qu'on imagine et on rentre petit à petit dans l' engrenage irraisonné de la fuite en avant de François pour un acte commis gamin sous l'emprise de la jalousie.

Culpabilité que l'adulte porte comme une croix, fuyant son pays et sa famille dans la peau d'un reporter de guerre toujours à l'affut d'un bon papier dans les coins les plus dangereux de la planète guettant la mort comme une rédemptrice .

Entre les chapitres, l'histoire racontée par François de son enfance pendant la guerre et qui aborde un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale: la rébellion en 1943 de jeunes musulmans croates enrôlés de force dans les troupes SS et qui s'est terminée dans le sang .

La honte et le remords poursuivent ce vieil homme si maladroit dans ses rapports avec ses propres enfants.

L'écriture est très sensible donnant un roman poignant sur la difficulté d'accepter ses fautes, de comprendre et de pardonner aussi aux autres.

Petit bémol sur la toute fin du roman ...

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 19:20
Hôtel Iris de Yoko Ogawa

Dans une station balnéaire qui pourrait se situer dans de nombreux pays tant elle ressemble aux autres stations balnéaires, l'Hôtel Iris est un établissement vétuste, loin des plages, tenu par la mère de Mari.

Mari, une jeune fille de 17 ans s'occupe de la réception de l'hôtel et passe sa vie derrière son comptoir à regarder la vie des autres jusqu'à ce qu'elle reste subjuguée après un esclandre, par un client, vieil homme dont les paroles blessantes l'ont transpercé comme le ferait un éclair dans un ciel pourtant calme.

Début surprenant pour ce court roman, et on se demande ce qui pousse cette jeune fille à revoir cet homme sans charme et devenir ensuite l'objet d'actes avilissants sans qu'aucune révolte ou honte ne se manifestent.

J'ai lu cette histoire avec un sentiment d'incrédulité qui m'a empêché sans doute d'apprécier à sa juste valeur ce roman de Yoko Ogawa pourtant superbement écrit, les choses les plus viles sont suggérées , la poésie cache la turpitude : tout un art mais je n'ai pas réussi à prendre suffisamment de détachement pour m'en délecter .

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 21:00
La ballade de Willow de Jamie Ford

Une incursion à Chinatown à Seattle en 1934 : Un monde chinois avec ses traditions et ses codes plongé dans un monde américain perturbé par la Grande dépression et la prohibition.

William, jeune garçon d'origine chinoise est pensionnaire depuis cinq ans à l'orphelinat du Sacré Coeur et lors de la sortie annuelle croit reconnaitre sa mère dans une des actrices du film qu'on leur a autorisé de voir .

Il fugue accompagnée de son amie Charlotte, une jeune fille aveugle pour retrouver sa mère mais, si la vie à l'orphelinat est stricte , le vagabondage de deux enfants dans les rues de Seattle les plonge dans un monde sans pitié où les pauvres sont traqués et même si William peut rencontrer sa mère dans la loge du théâtre où elle se produit , ils sont reconduits à l'orphelinat .

Dans la seconde partie du roman , Liu Song, de son nom de scène Willow Frost revient sur les événements des années vingt qui l'ont obligée à abandonner son fils : à la mort de sa mère, elle reste avec son beau-père , violée par lui ,elle s'enfuit pour cacher l'existence de son enfant mais la vie de mère célibataire chinoise, rejetée par sa communauté et non admise chez les "blancs" est un défi permanent.

Seul trésor pour elle : sa voix et après des années de vache maigre l'entrée par la grande porte dans le milieu cinématographique en plein essor .

La syntaxe, ou la traduction parfois maladroite ont un peu gâché ma lecture .

Certes l'histoire de William et Willow est émouvante, les chapitres sont courts , les retours en arrière ne hachent pas le récit mais il m'a manqué un rythme , une profondeur dans l'analyse des personnages et je ne suis jamais rentrée en harmonie avec l'histoire .

Dommage !

Beaucoup de remerciements à Babelio et aux Presses de la Cité, en particulier à Mathilde Boisserie .

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 21:16
Nous sommes l'eau de Wally Lamb

A la veille de son remariage, Annie Oh s'interroge. Elle doit épouser sa compagne Viveca dans la ville où elle a vécu avec Orion et fondé sa famille .

Annie qui a eu une enfance marquée par des drames dont elle a peu parlé est une artiste qui exprime sa colère à travers ses oeuvres .

Orion Oh est plutôt désemparé par cette nouvelle situation , en proie lui-même à des accusations d' harcèlement sexuel dans son travail de psychologue.

Et on ne peut pas franchement dire que leurs enfants soient épanouis ...

Petit à petit comme des pièces de puzzle on va comprendre ce qui s'est passé dans l'enfance d'Annie et constater avec amertume comment on peut vivre en couple sans vraiment connaitre l'autre et ses blessures profondes : manque de confiance mais surtout honte et sentiment de culpabilité qui enferme la victime dans une violence sourde .

Les chapitres alternent en laissant la parole aux différents personnages: Annie, bien sur, Orion et leurs trois enfants principalement.​

Se mêle à l'histoire racontée, celle d'un artiste noir qui a habité une maisonnette au fond de leur jardin et qui a été retrouvé noyé dans un puits quelques années avant l'arrivée de la famille Oh.

Le roman est agréable à lire, heureusement car c'est encore un joli pavé et l'auteur aborde comme à son habitude des sujets graves avec cette fois les traumatismes de l'enfance : disparition de proches, violences sexuelles et les conséquences qu'il en résulte surtout lorsque ces faits restent tus...

Wally Lamb fait également une description un peu caricaturale du milieu artistique New-Yorkais à travers Viveca et ses amis.

Une petite baisse de régime pour Wally Lamb sur le plan émotionnel déjà amorcée avec Le chant de Dolores même si j'ai toujours plaisir à retrouver cet auteur qui dépeint si bien l'Amérique profonde, ses failles et ses espoirs.

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 16:33
Une vie entre deux océans de ML Stedman

Comment continuer de vivre après avoir connu l'enfer des combats et se sentir coupable d'être encore en vie ?

Comment vivre sans rougir quand le bonheur est basé sur un mensonge, une supercherie qui même sur une ile perdue au milieu de l'océan ne peut fatalement pas rester secrète ?

Et comment continuer de vivre lorsque l'on a perdu son enfant ?

Sur des allures apparentes de mélo, Une vie au milieu des océans aborde des thèmes douloureux et le lecteur ne peut rester insensible aux remords de Tom, au chagrin d'Isabel et au désarroi de Hannah , prenant tour à tour la défense de l'un ou de l'autre et souffrant ou s'offusquant au fil des pages .

Roman étonnant de maturité .

J'ai rajouté, bien sur, ma petite larme à l'océan des larmes déjà versées par les lecteurs...

Et surtout je remercie André qui par son excellente critique m'a incité à lire ce livre , vrai coup de coeur et à rester modeste dans ma critique !

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 11:56
Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus

L'histoire débute par les obsèques de Natalie, duchesse de Sorrente, née Princesse de Lusignan ; tout le gratin mondain est là, il ne manque que Léon Zitrone pour commenter la cérémonie mais nous ne sommes qu'en 1945.

Le milieu dans lequel a évolué Natalie n'a pas connu la même guerre que le commun des mortels: réfugiée sur la cote d'Azur avec mari et enfants pour fuir un Paris devenu ennuyeux , la vie de Natalie est toujours remplie de fêtes , avec parfois la rencontre d'un homme séduisant et à la clé une grossesse imprévue mais ce sont des choses qui arrivent, répond le mari ...

Le bruit des canons est loin, et celui des bottes n'est pas forcément gênant sauf s'il faut laisser la villa à l'occupant et rentrer à Paris .

Mais lors du décès de sa mère, elle apprend le secret de sa naissance et découvre avec stupeur les origines juives de son père biologique, le coup de tonnerre est immense et sa raison s'ébranle, elle perd d'un coup ses repères , tente de s'identifier à ceux dont elle ne s'était jusqu'à présent jamais préoccupée et c'est le début de la descente aux enfers, accélérée par une addiction à la morphine qui la précipite dans la déliquescence puis la mort.

Roman intéressant par ce décalage entre un monde aristocratique, bardé de ses titres comme d'un bouclier, au dessus de masse populaire et souvent sans scrupule et la découverte d'une faille dans cette certitude avec comme seul moyen trouvé pour affronter la réalité : la drogue .

On suit d'une façon assez détachée, il est vrai car il est difficile de ressentir de l'empathie pour le personnage , le cheminement de Natalie oscillant entre lâcheté , faiblesse , écrasée par son éducation et son milieu et n'arrivant pas à s'en libérer.

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 09:55
La confession de la lionne de Mia Couto

Dans une contrée perdue, le Kulumani au fin fond du Mozambique, sévissent des lions mangeurs d'homme , c'est le prétexte et le point de départ du nouveau roman de Mia Couto.

L'histoire est racontée à deux voix, dans des fragments de journaux.

Mariamar, la première narratrice, est une jeune femme du village, sa soeur ainée est la dernière victime des lions mangeurs d'homme, elle vit dans un monde à part entre souvenirs, sortilèges, rêves et visions dans une pseudo folie qui l'écarte des habitants du village.

Arcanjo Baleiro, le chasseur, est appelé par le potentat local pour tuer ces fauves, en proie lui aussi à ses démons, sa venue est mal accueillie par les villageois qui ne veulent pas d'étrangers et d'autant plus un mulâtre , chez eux.

L'atmosphère est étrange, pesante, lourde de toutes les croyances ancestrales, les interdits, les rites et les violences communes.

Les fauves les plus dangereux ne sont peut-être pas ceux qui sont chassés dans la jungle, mais font partie du village et l'on se dit qu'il n'est vraiment pas bon de naitre femme au Kulumani !

Mia Couto, véritable poète , embrouille les pistes comme un prédateur adroit, réalité sordide ou mythe salvateur, rites cruels ou cauchemars fondateurs ?

Son roman précédent ,l'accordeur de silences même si son ambiance était également entourée de mystères est plus abordable pour un lecteur ordinaire comme moi avec un fond cartésien ancré par son éducation et j'ai eu du mal à apprécier ce récit .

Je remercie Babelio et les Editions Métailié pour cette plongée au coeur du mystérieux Mozambique.

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Au Milieu De L'océan De Mes Pensées, Un Petit Radeau

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