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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 10:22
L'archipel d'une autre vie d'Andreï Makine

Depuis combien de temps n'avais-je lu un roman d'Andreï Makine, sans doute pas depuis le Testament Français en 1995 ,et je me demande bien pourquoi il a subi , malgré lui, malgré moi, ce long purgatoire ...

Je me suis laissée captiver par ce roman qui débute de manière plutôt ordinaire dans la période du "communisme vieillissant " par la curiosité d'un jeune garçon envoyé pour un stage imposé de géodésie à Toughour dans la taïga et qui suit un homme dont le comportement lui semble inhabituel . Une traque que le jeune homme vit comme une aventure hors du commun, il culpabilise presque de voler des moments d'intimité au fuyard .

Mais c'est bien l'innocence ou la naïveté du débutant , car il se fait piéger comme un bleu par l'homme , alors au coin du feu du bivouac après avoir écouté l'histoire du jeune homme, le plus âgé débute son récit et là, commence petit à petit l'éveil du lecteur .

Pavel Gartsev a vingt ans dans les années 1950, période stalinienne tardive et s'étant engagé dans l'armée , il effectue avec ses camarades des manoeuvres de préparation à une troisième guerre mondiale nucléaire , lorsqu'il est désigné pour accompagner une équipe à la poursuite d'un prisonnier fugitif .

Un commissaire politique, le commandant, un jeune officier blanc-bec voulant prouver sa bravoure, et un vieux sergent et son chien partent donc avec Pavel sur les traces du fugitif à travers la taïga , l'affaire devant se régler rapidement ...

Une chasse débute, mais le gibier est finalement plus rusé que ses poursuivants et la traque se prolonge , pas question de revenir bredouille au camp.

Peu à peu, une évolution se fait dans le mental des soldats mais également dans l'esprit du lecteur, nous quittons un roman d'aventure et une critique politique évidente pour une réflexion plus profonde.

Devant la difficulté, les masques tombent, les aspirations intimes s'expriment , les ressentiments surgissent , la bestialité éclate ouvertement entrainée par celle des autres mais il se passe aussi autre chose de bien plus secret , le plaisir de la chasse fait place au bonheur, certes fugace , de la vie dans la taïga, loin des contraintes et des regards, et ils entrevoient sans la nommer une forme de liberté, celle qu'ils n'ont jamais connue, interdite par le régime et leurs fonctions et surtout celle du soi-disant gibier qui se joue d'eux, beaucoup plus habitué à la taïga et à ses pièges que les militaires .

Pavel, qui n'a pas l'expérience des autres subit cette prise de conscience de plein fouet, on sent que le retour en arrière va être difficile ...

Chacun fuit la sombre réalité : il a deux choix : celui de rentrer dans le rang et de se fondre dans la masse comme un "pantin" sans espoir de bonheur ou de courir vers la liberté quelque soit les obstacles et peut-être y rencontrer l'amour, le vrai .

Vous choisissez quoi , vous ? moi c'était déjà plutôt évident et cela devient lumineux grâce au talent d'Andreï Makine .

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 11:24
Indian Creek de Pete Fromm

Sur un coup de tête avec l'envie d'être son propre maître et pour avoir lu trop de livres d'aventures, Pete Fromm, 20 ans et étudiant en biologie animale accepte d'aller garder pendant 7 mois des milliers d'oeufs de saumon dans les Rocheuses.

Mais il y a loin des rêves de gosse s'inventant une vie de trappeur intrépide et la découverte d'un long séjour en solitaire dans une tente, loin de ses potes et des soirées bien arrosées car une fois la saison de la chasse finie et les rudes gaillards partis , Pete va devoir affronter l'hiver qui débute tôt , la solitude, le lynx et l'ours et apprendre à se chauffer, à chasser , à conserver sa viande ... bref une vie d'ermite perdu dans la montagne enneigée .

Heureusement , il a Boone, sa chienne qui partage cet apprentissage .

Et quelle déception de découvrir dès que la neige fond , l'arrivée de touristes venant briser cette belle harmonie, finalement acquise à coup de doutes , de peurs mais également de victoires et de petits moments de pur bonheur .

Un récit vivifiant et par ces températures caniculaires, on rêve d'accompagner Pete le long de ses sentiers creusés dans la neige pour aller casser la glace dans les bassins des alevins .

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 17:08
L'orée du verger de Tracy Chevalier

Pom, pom, pom, pom

pom, pom, pom ,pom ...

Où il est question de choisir entre les pommes à couteau et les pommes à cidre et ce dilemme est devenu une véritable guerre entre James et Sadie Goodenough, un couple venu s'établir dans une zone marécageuse de l'Ohio avec sa nombreuse progéniture .

La première partie du roman se déroule au printemps 1838 , à la fois racontée à la troisième personne , à la fois baragouinée par Sadie rendant la lecture déplaisante à mon goût : trop rudimentaire et vulgaire .

Le procédé employé par Tracy Chevalier pour nous faire sauter de nombreuses années tout en nous faisant suivre l'histoire du fils cadet, Robert, héros du roman consiste en de brèves missives racontant les principaux épisodes de son périple mouvementé mais l'orthographe hasardeuse la rend également pénible à lire .

La dernière partie se raccroche aux branches des séquoias géants avec la découverte de ces arbres majestueux, l'exploitation touristique qui va rapidement se developper et le trafic avec l'Angleterre de graines et de jeunes plants pour l'agrément de quelques beaux parcs .

Décidément, Madame Chevalier , on est loin de la jeune fille à la perle et de Prodigieuses créatures ...

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 17:02
Une putain d'histoire de Bernard Minier

Bernard Minier a le cran de laisser de coté son Commandant Servaz et son Sud Ouest et de nous entrainer sur les traces des thrillers américains.

Il a choisi de planter le décor dans une ile, ce qui est, chaque lecteur le sait, un monde à part, l'insularité créant derechef une ambiance particulière et en l'occurrence , l'ile de Glass Island n'est reliée au continent que par les rotations quotidiennes du ferry et n'a jamais connu de meurtre même si ces habitants sont loin d'être tous des enfants de choeur .

Alors , lorsque le corps d'une jeune fille de seize ans est découvert, c'est la stupeur, et lorsque l'enquête commence chacun regarde son voisin avec méfiance, tout se délite rapidement : amitié , amour, rapports filiaux avec un sentiment de découragement et beaucoup de dépit aussi devant la facilité avec laquelle un cocon familial ou une belle amitié qui, tels des icebergs frappés par le réchauffement climatique se fissurent et s'effondrent ...

L'histoire est racontée à la fois par Henry, un jeune garçon du même âge et petit ami de la victime, un ado plutôt sympa, élevée par deux mamans et qui se trouve au coeur de l'intrigue et d'autre part un récit extérieur reprenant des événements antérieurs et étrangers à l'ile : ce style de narration apporte beaucoup de rythme , et du rythme cela n'en manque pas du début à la fin : pas de temps mort, on ne souffle jamais : le lecteur bat tous les records d'apnée et finit poignardé par la dernière partie : asphyxié et exsangue : pour une putain d'histoire !

Bernard Minier dénonce à la fois dans son histoire mais également dans la post-face l'intrusion grandissante des nouvelles technologies dans notre vie privée et le " Big Brother is watching you" est devenu une quasi réalité bien inquiétante ...

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 11:25
2084- la fin du monde de Boualem Sansal

Après bien des hésitations , je me lance finalement dans la lecture de ce roman dystopique : 2084-la fin du monde.

Le fait de prévenir en début du roman que l' histoire, les lieux et personnages sont inventés permet à l'auteur de passer outre la vraisemblance et la probabilité d'un tel avenir (ou du moins c'est ce qu'on s'efforce de croire ) : la suprématie d'un empire théocratique appelé l'Abistan dont on peut faire remonter la naissance après la Grande guerre de religion à vraisemblablement 2084, un pays sans frontière connue, où l'individu n'existe plus en tant qu'être humain à part entière mais comme élément faisant partie d'un ensemble parlant une même langue simplifiée, sans passé et sans avenir dans un monde uniforme rythmé par les prières, les périodes d'abstinence, les examens de conscience et avec comme unique but les pèlerinages sur les lieux saints .

Un totalitarisme théocratique où l'homme en tant qu'individu n'existe plus et ne se rebelle pas , l'allégeance allant de soi : cela fait froid dans le dos ...

Ati, un citoyen de l'Abistan a été isolé dans un sanatorium perdu dans la montagne . Est ce parce qu'il a côtoyé la mort de près, qu'il a vécu cloitré ou qu'il a été rejeté par la société, la tuberculose étant considéré comme un fléau , qu'il s'interroge sur ce qui peut exister d'autre en dehors de ce pays ,et qu'il se pose des questions sur la religion et sur la foi.

Débute alors lorsqu'il revient à la capitale Qossabad la partie que j'ai préférée : sa prise de conscience d'autres vies que celles que l'on impose à la population : les luttes de pouvoir, la richesse et la concupiscence des élites mais aussi les ghettos et leurs bidonvilles dans lesquels sont entassés les rares non croyants .

J'ai trouvé que la lecture de cette fable était souvent difficile, le propos m' a paru parfois confus ce qui nuit à la fluidité du récit et je suis restée à l'extérieur, spectatrice un peu agacée par un certain verbiage , sans doute faut-il le reprendre plusieurs fois ...

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 10:57
Albert sur la banquette arrière de Homer Hickam

Un alligator sur la banquette arrière ,

une mémoire d'éléphant, un cou de girafe , une langue de chat, un trou de souris, un hippopotame dans le tiroir, un polichinelle insolent, un nègre en chemise ,

... et un raton laveur,

un alligator sur la banquette arrière,

un singe sur l'épaule, un papillon en hiver, un chat dans la gorge , des fourmis dans le pied, une araignée au plafond,

... et deux ratons laveurs ,

Un alligator sur la banquette arrière,

une dinde de Noël, un lapin chasseur, une pie voleuse , un lièvre à la royale , un canard à l'orange , un homard Thermidor , une outarde canepetière ,

... un bouquin abandonné sur la banquette arrière

... et quelques ratons laveurs

Merci Monsieur Prevert à qui j'ai emprunté l'idée de cet inventaire et ses Ratons laveurs .

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 08:37
Amère Russie Tome 1 d'Aurélien Ducoudray et Anlor.

Années 1990 , l'empire soviétique se disloque , la Tchétchénie affirme son statut de République et les jeunes soldats russes partent au front .

Une" petite mère", Ekaterina Kitaev , vit de la vente de DVD pirates dans les couloirs du métro, elle n'a aucune nouvelle de son fils Volodia envoyé combattre les rebelles tchétchènes, lorsqu'elle apprend par une coupure de journal qu'il a été fait prisonnier et n'écoutant que son coeur de mère, elle part avec sa petite chienne rencontrer le chef Bassaïev pour faire libérer son garçon .

Voyage improbable où elle est recueillie par des femmes tchétchènes, dont les plus jeunes sont des combattantes, surnommées les Amazones .

Beaux portraits de ces mères-courage, de ces femmes qui se battent pour leur pays,

belles gueules de rebelles, aussi féroces que les soldats russes, la violence et la cruauté sont de tous les bords .

Tout ceci est très bien rendu par la plume de la dessinatrice, Anlor, et la force du récit d'Aurélien Ducoudray , alternant des moments cocasses avec les pires scènes de guerre ou de torture .

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 16:49
Plateau de Franck Bouysse

La campagne dans ce coin du Massif Central est aussi austère que les rares personnes qui y habitent .

Des gens rudes, pour qui ne comptent que la terre et le travail et qui ne s'apitoient ni sur leur sort et encore moins sur celui des autres.

C'est sur ce Plateau que vivent depuis toujours Virgile qui devient aveugle et n'en a parlé à personne, sa femme Judith qui s'enfonce de plus en plus dans la démence avec quelques épisodes de lucidité, moments les plus poignants du récit et leur neveu Georges qui vit dans une vieille caravane près de la maison de ses parents, décédés accidentellement depuis longtemps.

Karl, lui, est arrivé il y quelques années pour fuir son passé .

Les paroles sont rares et toujours empreintes de réserve et les échanges ne sont jamais sereins, ce n'est pas le coeur qui manque, c'est la carapace de non dits, de méfiance accumulée par des générations et que la vie moderne n'est pas arrivée à faire craqueler.

L'arrivée de Cory, la nièce de Judith qui fuit un compagnon violent va faire éclater cette bulle , alors qu'un chasseur solitaire rôde...

Très bien écrit , on s'excuse presque de déranger ces gens , tellement Franck Bouysse sait les rendre vivants et présents

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 18:55
Toute la lumière que nous ne pouvons voir d'Anthony Doerr

Il y a, pour mille et une raisons, d'excellents romans qui se retrouvent enfouis au milieu de tant d'autres, Terra incognita d'une PAL , jusqu'à ce qu'au cours d'une discussion , ils sortent de la pile infernale !

Et là, quel plaisir de découvrir une petite merveille ...

Saint Malo, Aout 1944 , les bombardiers américains lâchent leurs bombes au dessus de la cité corsaire .

Dans une vieille maison , toute en hauteur , Marie-Laure Leblanc, une jeune demoiselle aveugle hésite, elle est seule dans la maison ...

A quelques rues de là, Werner Pfennig un jeune soldat allemand se réfugie dans la cave de l'Hotel des Abeilles .

Deux vies que rien ne prédestinait à se retrouver si proches .

Anthony Doerr alterne le récit de ce jour précis d'Août 1944 et les retours sur l'enfance des deux jeunes adultes.

Marie-Laure, devenue aveugle vit à Paris avec son père, conservateur au Musée d'Histoire Naturelle , et lors de l'évacuation des pièces les plus précieuses du musée, Monsieur Leblanc se retrouve dépositaire d'un diamant à la légende sulfureuse et fuit avec sa fille vers saint Malo .

Werner, lui, est orphelin et est repéré grâce à ses talents de radiophonique et son don inné des mathématiques pour intégrer une école d'élite du Troisième Reich .

Dans ces courts chapitres, l'auteur introduit avec doigté tout ce qui fait évoluer un enfant vers la vie adulte : l'expérience, la confrontation avec la souffrance et la honte, l'apprentissage des valeurs humaines, l'enrichissement des rencontres qu'elles soient physiques ou par l'intermédiaire de livres, comme ceux de Jules Verne qui font voyager la jeune aveugle .

Cette enfance est d'ailleurs vite balayée par le vent de l'Histoire, l'abjection de certaines gens qui ne voient que leur profit propre mais aussi par la maturité que ces mêmes événements font developper : c'est plutôt bien amené par l'auteur sans pathétisme exagéré et cela rend le lecteur particulièrement captif et attentif .

Un roman que j'ai fini avec tristesse .

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 12:01
Des cercueils trop fleuris de Misa Yamamura

De la littérature japonaise, certes mais dans le cadre d'un polar , exercice auquel je ne m'étais pas encore frotté et je n'ai pas été vraiment enthousiasmée .

Enquête d'amateurs dans le milieu des écoles d'Ikebana, l'art floral traditionnel menée par une jeune américaine, Miss Catherine ,fille du vice président des Etats Unis, arrivée au Japon dans le but d'apprendre cet art et d'Ichiro, le neveu du ministre des affaires étrangères du Japon.

Compétition, Corruption, lutte de pouvoir, fraude fiscale ... les écoles se font la guerre entre elles et sont chacune le cadre de disputes internes alors que les compositions fleurales rivalisent de beauté et de poésie .

Tout ceci éclatant au grand jour lorsqu'il s'agit d'avoir l'honneur d'intégrer la jeune américaine comme élève .

Les meurtres se succèdent ... avec leurs énigmes que sauront, bien sûr, résoudre nos deux jeunes héros .

Rien de bien excitant sous le soleil nippon !

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